Une reprise dont nous ne ressentons pas encore les effets dans les entreprises manufacturières
Les Bourses montrent des signes de reprise importante, les gouvernements nous laissent croire que le « pire » est derrière nous, les analystes spécialisés en économie sont divisés en deux camps, les uns tentent de faire la preuve qu’il y a bel et bien reprise, les autres martèlent que les « vrais » problèmes de la haute finance n’ont pas été réglés et qu’il faut s’attendre au pire (voir http://blogs.lexpress.fr/attali/ du 1er décembre 2009).
La vérité, dans notre métier, nous la cherchons dans les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, et plus particulièrement avec celles avec lesquelles nous travaillons au quotidien (les manufacturières). Et bien, sur ce plan, nous pouvons affirmer que la reprise n’est pas encore au rendez-vous. Les grands donneurs d’ordres comme les Bombardier, les équipementiers qui vendent aux grandes industries, les grands projets d’investissement dans les sables bitumineux de l’Ouest canadien, Hydro-Québec et les autres producteurs d’énergie canadiens ont, depuis 2008, ralenti ou reporté leurs grands projets d’investissement, ce qui a créé un effet domino sur toutes les sociétés industrielles situées en amont. En effet, un très grand nombre de fournisseurs (fabricants d’équipements et sous-traitants de toutes sortes) n’ont actuellement presque rien dans leurs carnets de commandes. Plusieurs mises à pied ont été faites au cours de la dernière année, et il faudra bientôt couper dans le personnel spécialisé et détenteur du savoir-faire « pointu » des entreprises.
Comme dans ce domaine le cycle de vente est long (plusieurs mois et parfois davantage), il y aura un grand décalage entre le moment où les projets reportés réapparaîtront sur le radar et celui où le travail de production en usine démarrera. Alors les entreprises traverseront, tout au moins pour la première moitié de l’année 2010, une période assez difficile qui se caractérisera par des pressions sur leur personnel (mises à pied temporaires) et sur leur fonds de roulement (financement des comptes clients, constitution des stocks de matières premières et des produits en cours). Souhaitons que les institutions financières sauront comprendre la situation et appuyer leurs bons clients en cette période critique qui risque de s’échelonner sur une bonne partie de l’année 2010
Finances publiques en mauvais état
Selon des données tirées d’un rapport de l’Agence Moody’s, rapportées par l’Agence France Presse et publiées dans La Presse du 26 novembre dernier, « la dette publique mondiale aura gonflé de près de 45 % entre 2007 et 2010, soit une augmentation de 15 300 milliards de dollars (US) et devrait atteindre l’année prochaine 49 300 milliards de dollars, en raison de la crise ». Quatre-vingt pour cent de cette dette sera supportée par les sept pays les plus avancés du globe : les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et le Canada. La dette publique par rapport au PIB passera de 68 % qu’elle était en 2008 à 80 % l’an prochain, ce qui signifie que 80 % de l’équivalent de ce qui sera produit en une seule année devrait être consacré au remboursement de la dette publique! Le danger, c’est que les investisseurs se détournent des titres de dettes publiques de peur qu’un État déclare faillite, comme ce fut le cas avec l’Argentine en 2001. Aux États-Unis seulement, le gouvernement se dirige vers un déficit budgétaire de l’ordre de 1 600G$ (milliard) pour l’année en cours, soit l’équivalent de 13 % de son PIB dont une grande proportion (sans doute près de 20 %) sera financée par l’achat de bons du Trésor par le gouvernement chinois. Pendant combien de temps encore les États-Unis pourront-ils prétendre être un pays « indépendant »? Le montant de la dette du gouvernement fédéral des États-Unis détenu par les étrangers se situe à 3 500 G$ dont près du quart est possédé par le gouvernement chinois. Les solutions à cet énorme problème ne sont pas nombreuses, elles se limitent à trois possibilités : réduire les dépenses publiques (peu probable), hausser les impôts des particuliers (hautement probable), « provoquer » une hausse de l’inflation (très probable), cette dernière solution consistant à rembourser une dette passée (libellée en monnaie du passé) avec de l’argent dont la valeur « nouvelle » est moins élevée, ayant été gonflée par l’inflation. Cette dernière solution fut celle qui a été appliquée à la fin des années 70 jusqu’à la moitié des années 80.
La devise américaine va-t-elle continuer de baisser?
Ce qui fait le plus parler les experts par les temps qui courent, c’est la valeur future du dollar américain. Va-t-il poursuivre sa descente plus ou moins lente vers des niveaux jamais atteints jusqu’à maintenant? Il semble bien que ce soit le cas. Malgré la baisse observée au cours des deux dernières années, 43 % du 1,41 trillion de dollars de bons du Trésor émis en 2009 par Washington ont été acquis par des étrangers alors que la proportion était de 27 % en 2008. Autrement dit, le dollar risque de baisser encore,mais cela n’effraie pas les étrangers qui croient que les États-Unis demeurent l’endroit où il faut investir pour obtenir les meilleurs retours sur leurs placements. Quatre-vingt-dix pour cent des transactions sur le marché mondial des changes consistent à vendre ou à acheter des dollars américains (source : Agence France Presse, Le Devoir du 15 novembre 2009), et environ deux tiers des réserves en devises des états sont libellés en dollars américains. Il est évident que tous ces pays ne voient pas d’un bon oeil la descente du dollar, et c’est ce qui, dans les faits, en freine la chute rapide. Les conséquences de la baisse du dollar américain sont grandes : du côté positif, la hausse de leurs exportations − y compris au Canada −, du côté négatif, une hausse du coût de remboursement des dettes que Washington a contractées à l’étranger, une hausse des prix des produits importés dont ceux dits de « consommation courante » importés de Chine ou d’ailleurs en Asie. Ces importations vont graduellement alimenter une inflation de plus en plus importante, à compter, dit-on, des années 2011 ou 2012. Le prix des importations aux Etats-Unis hors produits pétroliers a augmenté de plus
de 5 % au cours de la présente année. L’ex-économiste en chef du FMI (Fonds monétaire international) disait récemment, dans une entrevue accordée au New York Times, que « les cours du billet vert reflètent aujourd’hui sa valeur internationale la plus faible depuis 1967 et il est assurément possible que le dollar puisse bientôt baisser davantage » (les soulignés sont de nous). Tous les mots étant bien pesés, cet expert annonce en effet que la baisse de la devise américaine se poursuivra pendant un bon moment encore. Plus le billet vert baisse, plus le dollar canadien s’approche de la parité. Depuis le début de l’année 2009, le dollar canadien s’est apprécié de 18 % par rapport à la devise américaine. Les conséquences de la hausse de notre dollar par rapport au dollar américain sont bien connues : les exportations des produits manufacturés seront plus difficiles à faire augmenter, et les importations au Canada des produits fabriqués ailleurs seront à la hausse. Pour les consommateurs en général, ce sera une bonne chose, mais pour la plupart des entreprises manufacturières, ce sera beaucoup moins intéressant. Selon une analyse de François Barrière de la Banque Laurentienne, « nous nous retrouvons avec deux grands groupes de devises, soit celles qui vont garder les taux d’intérêt bas encore longtemps (USD, GBP, EUR) et celles qui sont plutôt en mode de resserrement du crédit (AUD, NZD, BRL, ZAR, RUB)… Comme on peut le constater, le deuxième groupe est aussi principalement composé de producteurs de matières premières » (ZAR = Afrique du Sud). Ainsi, le dollar canadien se tient un jour du côté du premier groupe à cause de notre dépendance à l’endroit de l’économie américaine et le lendemain, du côté des producteurs de matières premières, ce qui pourrait expliquer, en partie du moins, l’ampleur des fluctuations quotidiennes de notre devise.
La Chine continue de faire parler d’elle
•Nile Textile Group, une société à capitaux chinois, s’est installée dans la zone franche de Port Saïd (nord du canal de Suez) en Égypte, pour y fabriquer à meilleurs coûts qu’en Chine des vêtements destinés à l’exportation à partir de matières premières importées en franchise de douanes. NTG, qui importe 60 % de ses produits de base, exporte la presque totalité de sa production vers les États-Unis. L’entreprise emploie 600 personnes, 80 % sont des Égyptiens et 20 % des Chinois.
• Selon les statistiques officielles chinoises, les investissements directs chinois en Afrique ont fait un bond de 491M de dollars en 2003 à 7,8 G$ à la fin de 2008. Les sociétés chinoises sont attirées par les abondantes ressources naturelles présentes dans le sous-sol africain. Pour y avoir accès, elles doivent mettre en place les infrastructures, ce qui contribue au développement de l’économie locale, en plus de créer des emplois dans les usines de fabrication.
• En 2009, il est prévu que les exportations chinoises vont baisser de 20 % par rapport à 2008, en raison de la forte chute de la consommation aux États-Unis.
• En 2007, la Chine exportait 36 % de son PIB alors que le pourcentage n’était que de 20 % en 2001, ce qui signifie que la consommation interne est en forte hausse.
• À la suite de la mise en place d’un accord de libre échange entre les pays du sud-est asiatique, les produits fabriqués dans ces pays seront exemptés de douanes à leur entrée en Chine. Pendant ce temps, les produits fabriqués aux États-Unis continueront de faire l’objet d’une taxe à l’entrée de 9 %, ce qui incitera plusieurs entreprises étatsuniennes à s’installer dans les pays du sud-est pour demeurer concurrentielles. Cette situation aura graduellement un impact sur les entreprises américaines et canadiennes exportatrices de produits manufacturés vers la Chine et tout le sud-est asiatique.
Quelques citations intéressantes
• « You only find out who is swimming naked when the tide goes out », Warren Buffett
• « Le monde connaît une telle accélération de l’Histoire qu’il est en train de perdre complètement la mémoire », Jean Daniel, éditorialiste au Nouvel Observateur
• We’re travelling on our trains at the same speed as 100 years ago… that is inexcusable. America must catch up », Arnold Schwarzenegger
• « N’aie pas peu d’avancer lentement; crains seulement de rester immobile », auteur inconnu.
Notes de lecture
• Un livre qui nous aide à comprendre l’extrême complexité de la géopolitique en matière d’armes nucléaires : « L’héritage », écrit par un excellent journaliste du New York Times, David E. Sanger, et édité récemment chez Belin.
• « Tous les hommes sont des menteurs », un récent livre du réputé AlbertoManguel, un argento-canadien résidant en France, publié chez Actes Sud.
• « L’énigme du retour », de Dany Laferrière, publié chez Boréal. Très touchant.
• « Le Grand Roman de la vie » de Yves Paccalet, publié chez JC Lattès. « Des origines de l’univers à notre futur, je désire accomplir un voyage enchanté dans le poème de la vie », Lucrèce, philosophe et poète latin.
Saviez-vous que…
• Depuis le début de la présente année, l’indice des prix des commodités a augmenté de 36 %? Celles-ci comptent pour 40 % des exportations canadiennes, un des éléments qui contribue à maintenir notre dollar à la presque parité avec le dollar américain.
• La Banque centrale russe a récemment annoncé qu’elle songeait à mettre le dollar canadien dans ses réserves en devises, ce qui a produit comme effet, au cours des jours consécutifs à cette annonce, de faire monter la valeur de notre devise.
• Aux États-Unis, depuis le début de 2009, 125 banques ont jusqu’ici fermé leurs portes. Sur plus de 8 000 banques, ce n’est quand même pas si mauvais comme résultat!
• Tendances lourdes inquiétantes pour notre industrie forestière : la décision de plusieurs États, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, de fournir aux élèves des écoles primaires et secondaires des manuels électroniques au lieu des manuels conventionnels en papier, et la mise au point de feuilles de silicone souples (et réutilisables) affichant des contenus numérisés apparaissent comme des menaces de taille dont les effets seront plus que palpables dans les régions du Québec productrices de papier. Selon la firme de recherche américaine NPD Group, on comptera 1,8 milliard de ces appareils en 2018 comparativement aux 22 millions utilisés aujourd’hui.
• Selon le Wall Street Journal, les 500 plus grandes sociétés inscrites en Bourse affichent des liquidités dont le total est de 994 G$, soit l’équivalent d’environ 10 % de leurs actifs, au lieu de 846 G$ l’année précédente, ce qui représentait alors 7,9 % de leurs actifs. Il faut sans doute anticiper une nouvelle vague d’acquisitions et de fusions au fur et à mesure que la reprise prendra de la vigueur.
• Euphorie dans le monde du pétrole. Les nouvelles découvertes sont de plus en plus nombreuses (dont l’une de deux milliards de barils dans le nord de l’Irak − au Kurdistan), résultats des investissements faits en exploration depuis que les prix du pétrole sur les marchés mondiaux sont élevés (plus de 50 $ du baril). De nouvelles technologies d’extraction permettent aussi de récupérer le pétrole restant dans des puits abandonnés depuis plusieurs années. C’est ce qui pourrait expliquer, en partie du moins, le ralentissement (temporaire) de la hausse des prix à la pompe puisqu’il est de plus en plus gênant d’invoquer la pénurie… future!
• Selon l’experte en commerce électronique et en marketing Internet, Michelle Leblanc, « les sites web des entreprises québécoises sont d’une désuétude… ». Selon une étude qu’elle a réalisée, « 60,4 % (165/273) des sites dont nous avons pu obtenir l’âge, ont plus de sept ans d’existence. »
• La crise a du bon, selon le côté de la clôture où nous nous trouvons. En Europe, le prix moyen d’une chambre dans les grands hôtels accuse un recul de 15 % en 2009 par rapport à 2008. À Londres, ce recul se chiffre à 21 % (source : The Hotel Price Index 2009).
• Le Brésil de plus en plus présent sur les grands marchés de l’alimentation : avec l’achat du géant américain du poulet Pilgrim’s Pride, la multinationale brésilienne JBS détrône l’Américaine Tyson comme numéro un mondial dans le secteur de la viande.
• La crise mondiale entraîne aussi des impacts sur les « bulles ». En effet, les ventes de champagne, en 2008, étaient en baisse de 3 % par rapport à l’année précédente. Entre 2003 et 2008, il y a eu une augmentation de 10 %, à 323 millions de bouteilles, et une hausse de 30 % du chiffre d’affaires à 4,4 G€.
• La crise se fait moins sentir en Asie et en Inde où nous constatons des hausses annuelles (en octobre 2009, selon Bloomberg) de la production industrielle de 12 % en Chine, 7 % en Inde, 2 % au Kazakhstan, 12 % à Singapour, 1 % en Corée du Sud et 7 % au Viêt Nam. (Canada moins 7 %, France moins 13 %, États-Unis moins 11 %).
Nouvelles de la firme
• D’ici peu, au bureau de Québec, nous emménagerons dans de nouveaux locaux (voisins de ceux occupés actuellement, donc pas de changement d’adresse) dans lesquels nous disposerons de quelques emplacements de bureau qui peuvent être loués à la journée ou pour le court terme ainsi que d’une salle de réunion pour huit personnes qui sera disponible au moins la moitié du temps et ce sera gratuit pour nos clients. Appelez Anne-Marie pour vous informer des disponibilités.
• Pour préparer une mission et vous faire accompagner dans vos démarches d’étude de marché en France, nos deux consultants français, Jean-Philippe Lafont et Michel Giraux, mettent à votre disposition leur expertise en marketing, en implantation et en gestion d’entreprises. Voyez leurs coordonnées en allant sur www.dancause.net.
• Les formations en marketing (préparation de votre premier véritable plan de marketing annuel) que nous offrons à des groupes de huit entreprises sont aussi offertes à titre individuel. Profitez de la formation, du coaching et des suivis de votre personnel des fonctions ventes et marketing par des experts de haut niveau. Pour en savoir plus, prenez contact avec Philippe Jolin au courriel suivant : pjolin@dancause.net.
Nos voeux de fin d’année
Encore une année d’écoulée, plus l’environnement dans lequel nous vivons se complique, plus les années passent rapidement! À l’aube de cette courte période de repos et de réflexion, nous vous souhaitons, à vous et à vos familles, de belles fêtes de fin d’année et une année 2010 (déjà une nouvelle dizaine!) au cours de laquelle vous connaîtrez la paix et le bonheur.
Au nom de toute notre équipe, Bonne année 2010 !
Réjean Dancause, Philippe Dancause, Jean-Yves Caron, Philippe Jolin, Rodolphe Meynier, René Dionne, Chantal Demers, Rémi Ducharme, Michel Giraud, Jean-Philippe Lafont, Marie-Pierre Olivier, Sandra Muratagic, Anne-Marie Sikora, Jean-Sébastien Bouchard.

