Changements importants et impacts stratégiques
On entend souvent dire que la reprise tant attendue sera différente des précédentes et qu’il faut commencer à se préparer à des changements dans les comportements d’achat des consommateurs, voire des entreprises et des gouvernements.
Évidemment, plus une crise fait mal, plus « on promet de ne pas recommencer » et, d’une façon générale, on décide tous d’être plus rationnels dans nos achats. Souvent aussi, on constate après un certain temps que « le naturel revient au galop ». Cette fois-ci, cela risque d’être bien différent. Être au chômage, ça fait réfléchir. Aux E.U. il y a un peu plus de 5,7 millions de personnes qui sont actuellement au chômage soit presque 10% de la main d’oeuvre active et 16% des personnes qui ont un emploi ont vu leur salaire réduit de 16% en moyenne. Pas surprenant que l’on assiste à une stagnation de la consommation et à une montée de l’épargne de la part de ceux et celles qui ont un emploi. En fait, les américains, d’une façon générale, ont commencé à payer leurs dettes et à épargner, ce qui n’est pas sans contrarier les dirigeants gouvernementaux qui aimeraient bien que la consommation soit à nouveau le moteur de la reprise économique ! Il n’y a pas que la “peur” et les “bonnes résolutions” qui feront « qu’après, ce ne sera pas comme avant ». Il y aura en effet des changements fondamentaux dans les comportements des consommateurs, changements qui relèvent des nouvelles valeurs “portées” par les jeunes de la génération Y dont le poids démographique devient de plus en plus important. Ainsi la consommation sera plus “responsable”, c’est-à-dire que l’on n’achètera que ce qui sera nécessaire, on va mieux se renseigner avant d’acheter et choisir le meilleur rapport qualité-prix pour les biens durables, on va plus souvent louer au lieu d’acheter, on va partager des biens utiles (une tondeuse pour 3 voisins ou 4), on possèdera une voiture au lieu de deux ou encore on n’aura aucune voiture (transport en commun et Communauto), on achètera des produits “usagés”, on choisira les marques “maison” de préférence aux marques « nationales» qui sont généralement plus chères, on habitera des maisons ou des appartements plus petits et plus verts et on voyagera à l’étranger sur les « low costs » de préférence aux grands transporteurs aériens conventionnels, etc. Du côté des entreprises, des gouvernements et de tous les autres types d’organisations, la tendance à faire sous-traiter plutôt que d’embaucher ou de remplacer le personnel existant va se développer ; on va mettre encore plus d’emphase sur la négociation des prix; on va mettre en commun des ressources (un ou une directeur des ressources humaines pour 3 ou 4 entreprises); on va faire des achats en commun (l’acheteur d’une entreprise va acheter les carburants pour 5 ou 6 entreprises, un autre va acheter les fournitures de bureau, etc.). Les gouvernements vont devoir couper leurs dépenses (et/ou monter les impôts) ce qui représentera de nouvelles occasions d’affaires pour les entreprises privées. Quels impacts tous ces changements, qui correspondent d’ailleurs à des tendances lourdes déjà évoquées dans des numéros précédents de l’InfoRéseau, auront-ils sur votre organisation? Et sur l’organisation de vos clients et des clients de vos clients ? Prenez le temps d’y penser, il se pourrait que votre entreprise ou organisation ne soit pas à l’abri des effets qui découlent des changements majeurs qui affecteront nos vies et nos façons de consommer dans l’avenir.
Éléments financiers stratégiques
Il reste pour 1700 G$ (milliards) de papiers adossés à des hypothèques immobilières pour la période 2004 à 2007 sur les 3 700 G$ qu’il y avait en 2007. La différence s’est envolée en pertes financières (source : Standard & Poor’s). Ils se transigent à 80 cents pour 1 dollar, alors qu’ils se transigeaient à 55 cents en mars dernier.
Les chinois insistent de plus en plus pour que leurs clients à l’étranger utilisent le yuan pour payer leurs achats en Chine. Des réserves de 2 000 G$ que les chinois détiennent en devises étrangères, Business Week estime qu’une proportion de 70% est en dollars américains. Les chinois veulent donc (graduellement) s’éloigner du risque associé à la future baisse de la valeur du dollar américain. A terme, le dollar américain ne peut rien faire d’autre que de perdre de la valeur. Les déficits des gouvernements sont essentiellement financés par des créanciers étrangers et les déficits de la balance commerciale continuent d’être à la hauteur de 2 G$ par jour. Indubitablement avec le temps, la valeur du dollar américain va baisser.
Il est de plus en plus clair que le dollar canadien va atteindre la parité avec le dollar américain plus vite que prévu. Avec la hausse des prix du pétrole, (malgré une baisse très importante de la consommation aux E.U.), il y aura de plus en plus de pression à la hausse sur notre dollar. Pour se protéger contre un dollar trop fort (et qui le sera pendant de nombreuses années), les entreprises manufacturières devront réfléchir à la pertinence de faire une acquisition aux E.U. et d’exporter au Canada les produits qu’elles y fabriqueront. Sans quoi, elles perdront leurs clients américains et elles ne seront plus en mesure de soutenir la concurrence des entreprises américaines qui viendront immanquablement sur le marché canadien solliciter de nouveaux clients, car elles seront favorisées par un dollar américain faible vis-à-vis de notre devise.
Au cours de la seule année 2008, la bourse américaine a vu la valeur totale des actions négociées fondre de 8 000 G$ US, soit 41%.
Le gouvernement américain a présentement besoin d’emprunter des sommes colossales pour financer son immense déficit budgétaire de l’année courante (et celui des années à venir). C’est cette forte demande qui fait actuellement monter les taux d’intérêts des obligations à long terme (30 ans). Les étrangers qui achètent ces titres estiment que le niveau de risque est de plus en plus élevé et exigent désormais des taux obligataires à long terme plus élevés. Ceci aura donc comme conséquence de faire monter les taux d’intérêts hypothécaires comme nous avons pu le constater au cours des dernières semaines. Il est sans doute temps de “fermer” les emprunts hypothécaires sur de plus longues périodes car les taux vont, sous peu, partir à la hausse. Depuis quelques jours, tous les indicateurs vont en ce sens.
Aux États-Unis, la reprise c’est pour plus tard
Le président de la Banque Centrale Américaine (la Fed), Ben Bernanke, a récemment fait part aux américains du fait que la conjoncture économique reste « médiocre » et que les signes de reprise ne se sont pas encore vraiment manifestés. Les conditions d’obtention de crédit restent très difficiles, les dépenses de consommation stagnent (au grand désarroi des dirigeants gouvernementaux, les américains se sont mis à l’épargne : 5,7% de leurs revenus en avril versus 0,2% l’an dernier à la même date et baisse de 9,2% des ventes de biens durables par rapport à l’année dernière), les ventes d’automobiles continuent de reculer, le prix des maisons continue de baisser et la construction neuve ne reprendra pas avant plusieurs mois (le stock de maisons invendues est encore très élevé), le taux d’occupation des locaux commerciaux est aussi à la baisse, le chômage est au niveau de 9,4% et se dirige vers les 10% (il était à moins
de 5% avant le début de la crise) et les prix de vente au détail n’augmentent pas ou augmentent très peu, sans parler du déficit budgétaire du gouvernement fédéral qui est estimé à 1700 G$ pour l’année en cours (il a été de 189 G$ pour le seul mois de mai dernier), ni des déficits au niveau des états, dont celui de la Californie tout particulièrement.
Notes de lecture
De William D. Cohan, The House of Cards, publié chez Double Day. Une explication très intéressante des excès observés sur Wall Street avant et pendant la
présente crise financière.
De très belles analyses psychologiques dans un roman de Philippe Labro intitulé Les Gens, récemment publié chez Gallimard.
Citations
« Je vais en Chine depuis 25 ans et je reviens à chaque fois avec un mal de tête. Je me demande comment nous allons faire pour être meilleurs que les chinois dans 20 ans » Jeffrey Immelt, CEO de Général Electric
Saviez-vous que…
• La baisse des expéditions des jets d’affaires au premier trimestre de l’année par rapport à la même période l’an dernier a été de 36%.
• Aux États-Unis, où l’on compte des milliers de banques (8000), la Federal Deposit Insurance Corp vient de déclarer qu’il y en aurait 305 qui ont actuellement de graves problèmes financiers.
• Le prix du baril de pétrole a déjà doublé depuis décembre dernier ! Le niveau des 80$ le baril, c’est pour bientôt. Les déclarations de l’OPEP nous préparent psychologiquement et progressivement à des hausses par tranche de 20$ (40 à 60, maintenant 80 et demain 100$ le baril).
• Keith Ambachtsheer, le directeur du Centre International Rotman sur les pensions, cité par Jean-Paul Gagné du Journal Les Affaires dans un récent article, estime que 4,6millions de canadiens n’auront pas suffisamment d’argent à la retraite pour maintenir un niveau de vie raisonnable.
• Les économistes estiment que l’Inde aura une croissance économique de 7 à 8% par année pour les années à venir. Celle-ci est principalement alimentée par l’augmentation de la population, la hausse des investissements et une forte croissance de la productivité des entreprises. Le résultat de la récente élection au niveau national y sera aussi pour quelque chose.
• En Chine, à chaque année, 6M de nouveaux détenteurs de diplômes universitaires sont à la recherche d’un emploi !
• Malgré le haut taux de chômage aux E.U., il y a pénurie de main d’oeuvre dans plusieurs secteurs de l’activité économique: éducation, services de santé, services aux entreprises, entre autres. Une des raisons invoquées est un ralentissement de la mobilité de la main d’oeuvre spécialisée qui s’explique par la difficulté que les gens ont à vendre leur maison actuelle avant de penser déménager dans une autre ville ou dans un autre état pour y accepter un nouvel emploi.
• Le PIB réel japonais s’est contracté de 15,2% au premier trimestre de l’année 2009 à la suite d’une baisse de 14,4% au dernier trimestre de 2008. On y observe une baisse de 4,2% de la consommation générale et une baisse de 26,3% pour les biens durables. La production industrielle, quant à elle, a baissé de 30,7% depuis 1 an. L’économie du Japon est encore la plus importante après celle des Etats-Unis. Elle sera cependant dépassée par celle de la Chine…d’ici quelques mois, voire quelques semaines.
• Depuis quelques jours, les pays dit ” développés”, les Etats-Unis, l’Union Européenne, le Canada et l’Australie représentent désormais moins de 50% du PIB mondial, ce qui ne devait se produire qu’en 2015 selon le Center of Economics and Business Research Ltd (cité dans une récente lettre de François Barrière de la Banque Laurentienne).
• Lors d’une réunion des ministres des finances du G20 tenue récemment en Italie, parmi les sujets à l’ordre du jour on notait : coupure des dépenses des États et hausse des impôts.
Nouvelles de la firme
Jean Saint-Pierre nous a récemment quitté pour réorienter sa carrière et René Dionne, un spécialiste du marketing stratégique, après plusieurs années
comme gestionnaire dans quelques entreprises manufacturières spécialisées dans les produits du bâtiment, a décidé de faire profiter de ses connaissances
et de ses expériences les clients du Groupe Dancause.
Le prochain numéro de l’Info Réseau sera celui qui soulignera notre 20ème anniversaire. En effet, le Groupe Dancause et Associés Inc a été fondé à la fin
du mois d’août 1989

