Inforéseau mars 2010

Début d’un cycle haussier

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Signe que le niveau des stocks est très bas tout au long de la chaîne de distribution ainsi que dans les entreprises manufacturières en général, on observe chez les fabricants de produits durables une certaine reprise de la demande. La demande des produits de base comme l’acier est à la hausse, et il en sera ainsi pour les prix dans quelques semaines. ArcelorMittal, le fournisseur dominant sur le marché de l’acier, ne garantit plus les prix actuels au-delà du mois de mai, et invite ses clients à passer dès maintenant des commandes fermes pour les trois à quatre prochains mois. On parle même de mettre les entreprises « à quotas » dès l’automne prochain, i.e. de limiter les quantités quant aux commandes qui auront été approuvées plusieurs mois à l’avance.

Récemment, la direction de la compagnie John Deere faisait savoir à ses fournisseurs de type «OEM» qu’il fallait prévoir au cours des mois à venir une hausse de ses commandes de l’ordre de 25%par rapport à celles de l’an dernier. Quand les grands donneurs d’ordres, tels que Deere, Caterpilar et les autres du même type prévoient une hausse de leur niveau de production, c’est là un signe que nous nous situons au début d’un cycle de croissance.
De son côté, la demande des consommateurs n’apparaît pas encore au rendezvous. Par contre, les grands projets annoncés par les différents gouvernements en vue de limiter les effets négatifs de la récession continuent d’influencer positivement l’économie. Il est évident toutefois que la reprise dans les pays occidentaux sera plutôt lente, alors qu’elle accusera beaucoup plus de dynamisme dans les pays asiatiques et dans le sous-continent indien, où le PIB affiche une croissance de 10 % pour l’année en cours.
Aux États-Unis, tant que l’industrie de la construction ne se redressera pas, on ne pourra parler d’une véritable reprise. Les effets de la crise financière (sub primes) n’étant pas encore complètement réglés, et tant et aussi longtemps que le taux de chômage se maintiendra aux environs des 10 %, on ne pourra parler d’une « vraie » reprise de la demande de nouveaux logements. Il est peu probable que ladite reprise se fasse réellement sentir avant l’automne 2010 ou le début de la prochaine année. Si tant est que la reprise est alimentée par la confiance des consommateurs en l’avenir à court terme, la lecture des indices de mesure du degré d’optimisme de ces derniers ne révèle pas qu’elle sera vraiment au rendez-vous…avant quelques mois encore.

La parité du dollar

Irrémédiablement, nous avançons vers la parité entre le dollar canadien et le dollar américain. Le dollar américain continue sur sa pente descendante, lentement mais sûrement, alors que le dollar canadien, bien arrimé au prix des matières premières, monte tranquillement, étant devenu une valeur de refuge pour les investisseurs étrangers qui croient que leurs prix vont continuer à monter, alimentés par la vigueur de la demande asiatique. Il faut bien se rappeler que la valeur intrinsèque de notre dollar, évaluée en fonction des niveaux de productivité relative des économies canadienne et américaine, serait normalement située au niveau des 80 cents au lieu d’être à la parité. Concrètement, cela signifie que nos entreprises auront bientôt beaucoup de mal à soutenir la concurrence des entreprises américaines situées à trois ou quatre cents kilomètres de la frontière canadienne, lorsqu’elles viendront offrir leurs produits aux consommateurs canadiens. Les produits du bâtiment comme les fenêtres, les planchers de bois franc — nous avons vu pour la première fois, le 16 mars dernier, un fabricant de plancher de bois du New Hampshire livrer ses produits dans la région de Saint-Jérôme —, les moulures et plusieurs autres produits du même type seront les plus susceptibles d’apparaître sur nos marchés au cours de cette année. Les effets de cette arrivée prochaine risquent d’être beaucoup plus négatifs sur les entreprises québécoises que nous osons le croire présentement. Il va de soi que nos entreprises éprouvent des problèmes de productivité. Deux éléments importants influencent directement leur productivité, et par conséquent, leur capacité concurrentielle : leur taille — qui est trop petite—et le niveau d’utilisation de leurs actifs de production. Par exemple, il sera très difficile pour une entreprise québécoise de fabrication de fenêtres, dont la production se fait sur un ou deux quarts de travail, de soutenir la concurrence d’une entreprise qui fabrique pendant 160 heures par semaine des produits du même type. C’est ce genre de concurrence dévastatrice que plusieurs entreprises d’ici devront affronter au cours des prochains mois et des prochaines années. Il y a urgence en la demeure d’en prendre conscience, et d’y réagir (en créant des programmes d’aide ad hoc, par exemple) au plus tôt, sinon les conséquences pourront être très graves.

Endettement des pays

Selon l’OCDE, et selon des estimations récentes, le Japon est le pays le plus endetté du monde, sa dette représentant 197,2 % de son PIB ; viennent ensuite l’Italie avec 127 %, la Grèce avec 123,3 %, la France avec 92,5 %, les États-Unis avec 92,4 %, et le Canada avec 85,7 %. Au cours des deux dernières années et demie, la crise financière a particulièrement secoué les banques et les institutions financières, présentement elle atteint les pays. La très forte demande en capitaux de la part de ces derniers dans le but de financer leur déficit mettra de plus en plus de pression sur les taux d’intérêts obligataires. Dans les prochains mois, on devrait les voir monter de quelques points. Selon les économistes, les taux hypothécaires évolueront aussi dans la même direction, à compter de la fin de l’été.

Les taux d’intérêts hypothécaires sont bas depuis plusieurs années déjà. Rappelons-nous que toutes les hausses des taux d’intérêts correspondent à une ponction du pouvoir d’achat des consommateurs. Il en sera de même d’ailleurs avec les hausses des cotisations et des impôts qui seront mises en vigueur par le gouvernement québécois sous peu!

Un sombre avenir pour le papier

On dit généralement que lorsque deux tendances lourdes convergent, leurs effets négatifs « construisent » un changement structurel majeur. C’est ce qui est en train de se passer dans l’industrie des pâtes et papiers, et cela se produit à une vitesse grand V.

Première tendance lourde : le « numérique » est en train de supplanter le papier comme support utilisé dans la diffusion des informations lues. Récemment, plusieurs États à travers le monde (Californie, Texas, etc.) ont adopté cette décision, voulant que désormais les livres scolaires ne soient plus en papier, mais sur des supports électroniques. Cette innovation leur permettra de réaliser des économies de 50 % sur les coûts d’acquisition, sans parler de la possibilité de facilement actualiser leurs contenus. La menace à l’endroit de la demande du papier ne s’arrêtera pas là. Plusieurs grands journaux, dont le New York Times, songent à abandonner la publication de la version « papier » au cours de cette année. Peut-être garderont-ils l’édition du samedi, mais pour combien de temps encore? Simultanément, un peu partout, le tirage des grands magazines est à la baisse, pendant que le nombre de pages par publication diminue aussi.

Seconde tendance lourde : dans la mentalité et les valeurs des jeunes générations, couper un arbre s’avère être un crime. Le papier devient peu à peu un produit « odieux » qu’il faut éviter d’utiliser parce que « ce n’est pas bien pour l’environnement de couper un arbre ». Il est facile de prévoir que tous les petits garçons et toutes les petites filles de sept ou huit ans, qui auront appris à lire en utilisant un support numérique, et qui, de plus, croiront que couper un arbre équivaut à un crime, sont en train, sans le savoir, de « construire » une tendance lourde irréversible.

De toute évidence, les conséquences d’un tel phénomène sur les régions du Québec qui dépendent de l’industrie forestière sont très graves. Les imprimeurs de manuels scolaires, de livres spécialisés, ou de romans ne sont pas à l’abri de cette situation menaçante; ils seront eux aussi, à court terme, touchés par ce raz-de marée technologique.

Libre-échange en Asie

Depuis le premier janvier dernier, la Chine et l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique) ont instauré un programme pour éliminer graduellement les droits de douane sur 7 000 groupes de produits, touchant ainsi 90 % de leurs échanges. La zone couverte est habitée par 1,9 milliard d’habitants. Les pays qui ont signé l’accord sont La Chine, la Thaïlande, les Philippines, Singapour, Bruneï, l’Indonésie et la Malaisie. Également signataires de l’accord avec la Chine : le Cambodge, le Laos, la Birmanie et le Vietnam. Les pays qui seront ultérieurement intégrés à l’ASEAN bénéficient, eux aussi jusqu’en 2015, d’une clause transitoire destinée à leur permettre de ramener à zéro les droits de douane de 5 % qu’ils prélèvent actuellement sur les produits chinois.

La Chine continue à faire parler d’elle

• Pour s’assurer des sources de produits pétroliers suffisantes pour répondre à la demande des années à venir, la Chine intensifiera ses investissements dans l’exploitation de plusieurs récentes découvertes pétrolières situées sur la côte ouest de l’Afrique et dans l’océan Arctique ; il en sera question lors d’une importante réunion des représentants des pays qui se partagent des frontières dans cette région froide du monde, et qui aura lieu à Gatineau sous peu.

  • À la fin de l’année 2008, cinq des plus grandes banques chinoises détenaient un contrôle majoritaire dans 78 institutions financières situées à l’étranger.
  • Le « chairman » de la Banque HSBC, Stephen Green, estime que la classe moyenne chinoise est actuellement plus nombreuse que l’ensemble de la population des États-Unis (310 millions d’habitants).
  • Certaines études prévoient que le consommateur chinois, qui représente aujourd’hui environ 5 % de la consommation mondiale de biens, atteindra 23 % en 2020. Nous pouvons d’ores et déjà imaginer l’impact d’une telle croissance de la demande sur la production des matières premières de toutes sortes, et plus particulièrement sur le pétrole.

Une décennie porteuse de progrès

Selon Jacques Attali (Survivre aux crises, Fayard, décembre 2009), la décennie dans laquelle nous venons tout juste d’entrer sera porteuse de progrès technologiques majeurs, qu’il présente sous l’acronyme NBIC pour nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information (IT), et « cognitive sciences ».

Succinctement, voici les domaines dans lesquels on remarquera les manifestations les plus évidentes :

  • Les nanotechnologies portent essentiellement sur la miniaturisation des microprocesseurs dont nous verrons des applications en logistique (RFID), en économie de l’énergie, en médecine, en stockage de l’hydrogène, dans les produits textiles, en pharmacie et dans les produits du bâtiment.
  • Les biotechnologies : élevage, agriculture, santé, « plastiques » et tissus fabriqués à partir des plantes.
  • Technologies de l’information : tailles des réseaux mondiaux pour répondre aux besoins de l’Asie et de l’Afrique, rapidité de calcul, compression des données, hypersuveillance des objets et des gens, fabrication des robots domestiques miniatures.
  • Sciences cognitives et neurosciences : médecine du cerveau, processus d’apprentissage.

La convergence de ces technologies favorisera tout simplement des progrès exponentiels qui créeront aussi de nouvelles perspectives d’avenir ainsi que de nouvelles menaces, et sans doute à la fois, des problèmes éthiques importants.

Notes de lecture

  • Deux publications très intéressantes sous la direction et/ou sous la plume de Jacques Attali : Les sens des choses, publié chez Robert Laffont, qui propose des textes basés sur des échanges entre experts des questions cruciales actuelles, et Survivre aux crises, publié chez Fayard en décembre dernier.
  • Traduit du serbocroate, Contes de la solitude, du récipiendaire du prix Nobel de littérature en 1961, Ivo Andric publié chez Livre de poche (biblio). Il est aussi l’auteur de l’excellent volume intitulé Le pont sur la Drina, aussi publié chez Livre de Poche.

Quelques citations intéressantes

  • « L’économie moderne est une énorme machine à faire des bulles. » Sophie Gherardi, auteure de Péchés capitaux. Le roman de la crise financière publié chez Grasset.
  • « L’AIEA annonce un pic de la production pétrolière dans les douze prochains mois. Cela accélérera aussi l’émergence d’un triptyque de pouvoir entre la Russie, l’Inde et la Chine, trois puissances nucléaires ayant le contrôle de l’essentiel du gaz et de la dynamique de croissance mondiale, dont l’Europe est exclue ». Jacques Attali, blogue du 22 décembre 2009 (http://blogs.lexpress.fr/attali/)

Saviez-vous que

  • Le domaine bancaire représente 10 % du PIB de la Suisse? En 2007, le montant des avoirs déposés dans ses banques atteignait 3 133 milliards de francs suisses (à peu près équivalent en dollars canadiens) ou 2 115 milliards d’euros, soit plus que le PIB de la France (source : Nouvel Obs 17-23 décembre 2009), de même qu’on estimait à 11 500 milliards de dollars US les avoirs déposés dans des trusts anglo-saxons et les sociétés « offshore ».
  • C’est en 2010 que Tata Motors (Inde) lancera sur le marché européen l’automobile la moins chère au monde. Depuis que la conception de ces voitures a été repensée, elles sont maintenant totalement fabriquées en aluminium.
  • Vu les nombreuses découvertes de gaz naturel partout sur le territoire des États-Unis, ce pays pourrait bientôt devenir exportateur plutôt qu’importateur de gaz naturel liquifié dont le coût s’établit, chez ses utilisateurs, à environ 30 % du prix de l’essence ou du diesel. Le Qatar est le plus gros producteur mondial de gaz liquifié, sa production représentant 20 % du total mondial.
  • Les téléphones cellulaires totalisent, en Inde seulement, 10 millions de nouveaux abonnés par mois. Le pays, rappelons-le, compte plus de 1,1 milliard d’habitants.
  • Le centre de gravité de la haute finance, qui se situe présentement à New York et à Londres, se déplace graduellement hors des pays occidentaux vers des villes et des pays comme Shanghaï, Dubaï et Singapour.
  • Le Groupe SES, une très grande société multinationale européenne, cotée à la Bourse du Luxembourg, gère 40 satellites de communication, dont le premier fut lancé il y a 25 ans. Ils rejoignent 99 % de la population mondiale.
  • L’an 2010 marque le cinquantième anniversaire de la mise au point du laser. Einstein en avait découvert le principe en 1917. Il a donc fallu 40 ans entre la découverte du principe et le moment où il est devenu une technologie dont nous connaissons aujourd’hui l’immense utilité.
  • L’Allemagne a perdu en 2009, au profit de la Chine, son titre d’exportateur mondial numéro un. Rien de bien surprenant puisqu’au cours de la dernière décennie, le rythme de croissance annuelle des exportations de la Chine surpassait régulièrement les vingt pour cent.
  • L’âge moyen de l’ensemble de l’humanité en ce début d’année 2010 était de 28 ans. Les plus de 65 ans sont plus nombreux que les moins de 5 ans! En 2010, la population du globe atteindra 8 milliards de personnes alors qu’elle en compte 7 milliards actuellement. Pendant cette période, la classe moyenne augmentera de 1 milliard de personnes dans l’ensemble des pays pour atteindre une proportion approximative de 50 % de la population mondiale. Pouvons-nous imaginer les conséquences de cette croissance sur l’environnement (ex. : la forte augmentation du pouvoir d’achat pour toutes sortes de biens comme la viande, les automobiles, l’énergie, l’eau potable, les produits électroniques, les vêtements, les produits du bâtiment, le tourisme, les soins de santé, etc.)?

Nouvelles de la firme

Nous vous invitons à visiter notre site (www.dancause.net) pour prendre connaissance du nouveau programme de formation destiné aux petites entreprises du domaine de l’agroalimentaire, et à en discuter avec Chantal Demers, l’une de nos spécialistes en ce domaine. Les résultats qui découlent des premières formations qui ont été offertes au cours des derniers mois sont remarquables, aux dires des représentants des entreprises qui y ont participé.

Nous venons de mettre au point un nouveau programme de formation spécialement destiné aux propriétaires dirigeants de PME manufacturières, intitulé Vision 2015. Pour en parler, contacter Réjean Dancause à l’adresse rejean@dancause.net.




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