La démographie : quelques phénomènes intéressants
Au niveau mondial, avant l’année 2000, les jeunes ont toujours été plus nombreux que leurs aînés. Les populations sont vieillissantes dans la plupart des pays occidentaux, de même qu’au Japon, où la croissance démographique est désormais négative.
Jusqu’en 2007, les ruraux l’emportaient sur les urbains et, en 50 ans, la fécondité des femmes est passée de 5,4 enfants à 2,1. Voilà des changements majeurs : il y a une corrélation entre le taux de fécondité des femmes en âge de procréer et le nombre d’années de scolarité de ces dernières. Au Québec, on constate que le taux de fécondité est à la hausse, il est passé de 1,45 en 2000 à 1,62 en 2006. Il est bien évidemment encore très inférieur au taux de 2,1, niveau généralement reconnu pour maintenir la population à son niveau actuel. Il faudra compenser l’écart par une immigration plus importante que celle que nous connaissons actuellement.
Selon les Nations-Unies, la population mondiale est actuellement de 6,6 G habitants et elle devrait atteindre 9,2 G vers les années 2040, avant de commencer à redescendre. La croissance viendra essentiellement des pays en émergence. Avec la stagnation et le vieillissement de leurs populations, les pays riches vont graduellement entrer dans une période de perte de vitalité et de dynamisme dont les conséquences commencent à être mieux connues.
Au Québec on s’accorde à dire qu’à compter de 2015 environ, le total de la population aura atteint son maximum. En effet, le taux de fécondité, qui est actuellement au niveau de 1,62, auquel on ajoute la croissance démographique due à l’immigration (0,4% par année), feront que le total commencera à baisser un peu plus chaque année.
En Ontario, la croissance continuera parce que l’immigration est de 0,8% par année, tenant compte qu’il y a aussi une importante émigration vers l’Alberta. Pour que le total de la population se maintienne à long terme, il faudrait que le Québec accueille au moins 50 000 immigrants par année et que tous acceptent de demeurer ici par la suite. En pratique plusieurs immigrés, surtout ceux qui n’ont pas déjà une connaissance suffisante de la langue française, ont tendance à se déplacer vers Toronto où ils vont s’intégrer plus facilement à des communautés de même origine.
Ce qu’il faut se poser comme questions, c’est entre autres celles qui portent sur la croissance économique et sur le niveau de vie de notre société québécoise lorsque le total de la population commencera à diminuer. On peut d’ores et déjà présumer que les deux seront à la baisse. Probablement que ce sera comme c’est le cas avec le taux de change : on commencera vraiment à s’en préoccuper (à s’en plaindre) au moment où on « aura le nez dedans » !
La « force » du grand capital
Les grandes sociétés de capital (Equity Funds), telles que Carlyle Group, KKR, Blackstone Group, Bain Capital, J.W. Childs, pour ne nommer que celles-ci, fonctionnent à plein régime. Jusqu’à maintenant en 2007, elles ont fait des acquisitions pour environ 325G (milliards) de dollars américains, alors qu’en 2006, le total était de 420G$. Le Nouvel Observateur, l’hebdomadaire français de tendance socialiste, n’y va pas de main morte : dernièrement, il intitulait l’un de ses articles « Le retour des rapaces », faisant référence à la forte vague d’acquisitions que ces sociétés ont réalisé au début des années 2000.
Généralement, elles achètent en mettant à profit leur levier financier, soit en investissant le quart à partir de leurs capitaux propres et en finançant les trois autres quarts par des emprunts, soit au niveau de l’acquéreur ou au niveau de la société acquise. Actuellement, à travers le monde, il y a des masses de capitaux disponibles, bien que certains investisseurs, dont des grandes banques, perdent des centaines de millions de dollars US dans l’aventure des prêts hypothécaires américains à hauts risques. Les taux d’intérêts étant présentement peu élevés, cela justifie d’utiliser du capital emprunté plutôt que du capital propre. Cette approche a pour effet de baisser leurs coûts fiscaux. En effet, les coûts en intérêts étant déductibles des revenus, alors que les dividendes ne le sont pas, les entreprises ainsi acquises paient moins d’impôts qu’auparavant. Il en est d’ailleurs de même pour les acquéreurs.
Autre fait important, les sociétés acquises, dont la majorité sont des entreprises publiques (cotées en bourse), deviennent ainsi des entreprises privées. Elles n’ont plus à rendre compte publiquement de leurs résultats trimestriels et à se soumettre à différentes réglementations imposées par les autorités financières des pays dans lesquels elles évoluent (voir http://fr.wikipedia.org/wili/Loi_Sarbanes-Oxley). Plusieurs étaient des titres de qualité qui payaient des dividendes intéressants et dans lesquels les épargnants mettaient une partie de leurs fonds de retraite. Tel était le cas de la société Bell. Le cas de Alcan, pour sa part, est un peu différent, car elle a été achetée par une autre société qui est elle-même cotée à la bourse, Rio Tinto. Le résultat est cependant le même : Alcan ne sera bientôt plus cotée par les grandes bourses internationales.
La Chine, nous le savons, dispose de réserves monétaires de plus de 1 200 milliards de dollars US dont 900G en dollars américains et dont 45% servent à financer les déficits du gouvernement américain. Le gouvernement chinois vient de créer un fond d’investissement étranger de type « Equity Funds » dont le capital se situe entre 200 et 300G$ américains. Ce fond vient de mettre 10% de son avoir dans le Blackstone Group et on peut facilement imaginer le nombre de sociétés occidentales qui passeront éventuellement sous la coupe des chinois au cours des prochaines années.
En appliquant un rapport dette/équité de 4:1, comme on peut le constater dans les « Equity Funds » occidentaux, le pouvoir d’investissement des chinois serait de 800 G$ et plus ! Les sociétés acquises sont généralement dépouillées des activités qui ne font pas parties de leur « coeur de métier » (core business) et leurs objectifs de performance sont désormais encore plus axés sur le court terme, voire le très court terme. Il leur faut générer rapidement des profits, car l’objectif des propriétaires est souvent de les revendre le plus tôt possible en réalisant des gains les plus élevés possibles. Comme les gestionnaires des sociétés acquéreurs ainsi que ceux des sociétés acquises ont des programmes d’intéressement extrêmement « alléchants », il faut que tout se fasse de plus en plus vite. On peut même se poser la question à savoir jusqu’où la machine peut-elle s’emballer ? Plus la concentration du capital devient forte, plus les décisions stratégiques sont entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint de personnes.
La récession : c’est pour maintenant
Aux États-Unis, les éléments sont en place pour entrer en récession. Un jour ou l’autre, il faut payer pour les excès qu’on a commis ! L’élément déclencheur est sans doute la crise des prêts hypothécaires (sub prime) qui vient accélérer la baisse de l’indice de confiance que les consommateurs ont à l’endroit de l’économie. Comme ce sont les consommateurs (même s’ils sont très endettés) qui contribuent à la vigueur de l’économie américaine, ce sont eux qui vont l’entraîner en récession.
Le phénomène est simple. Des changements importants à deux postes au bilan des particuliers font en sorte que leurs dépenses de consommation devront baisser : la baisse de la valeur des maisons (les prix sont à la baisse dans 15 des 20 villes « surveillées par Standard & Poor’s ») et la baisse de la valeur du portefeuille d’actions observée depuis le début du mois d’août. S’il y a des baisses du côté des actifs, il n’y pas automatiquement de baisse au niveau du passif ! Celui-ci est essentiellement constitué de deux éléments : les emprunts et l’équité. Comme les emprunts ne baissent pas, c’est l’équité qui écope. Il faudra arrêter d’emprunter parce qu’on n’a plus l’équité pour le justifier et il faudra rembourser les emprunts actuellement en cours. Pour ce faire, on n’a pas le choix, il faut diminuer les dépenses de consommation. C’est déjà commencé et cela va s’accélérer.
Wal-Mart et Home Depot ont déjà annoncé une baisse de leurs ventes au cours des derniers trimestres, et les baisses constatées au niveau des taxes de ventes dans les états de New-York, de l’Illinois et de quelques autres depuis le début de l’année, sont des signes que les consommateurs ont déjà commencé à restreindre leurs dépenses.
Pour ajouter aux pressions, la baisse de la valeur du dollar américain par rapport aux autres grandes monnaies crée une pression à la hausse sur les prix des produits importés et les pressions inflationnistes en provenance de la Chine feront aussi monter le prix de plusieurs produits de consommation, sans parler de la hausse des prix de plusieurs produits alimentaires provoquée par la hausse du prix du maïs (causée par la forte demande pour l’éthanol). Et qui dit hausse de prix, dit baisse de la demande.
Dans un tel contexte, il est important d’évaluer dès maintenant les impacts que cet important changement aura dans chacune des entreprises qui exportent vers les États-Unis et même sur celles qui n’exportent pas, parce que cette récession, comme toutes les précédentes d’ailleurs, va, dans peu de temps, se répercuter chez nous. Une petite lueur au tableau, les taux d’intérêts ne devraient pas repartir à la hausse tout de suite étant donné que la Fed a récemment lâché du lest. Il y aura donc de belles opportunités d’acquisitions d’entreprises à saisir à court et à moyen terme, tout comme il est temps de mettre la main sur des titres (actions boursières) de qualité dont les prix étaient trop chers.
Les bonheurs et les douleurs du taux de change
Puisqu’à New-York les prix de référence des produits pétroliers sont exprimés en dollars américains, le prix à la pompe est depuis un certain temps très bas (moins de 1,10 au moment d’écrire ces lignes). Pendant ce temps, le prix du brut est tiré vers le haut tout comme l’est d’ailleurs notre dollar, les deux phénomènes étant d’ailleurs très reliés.
Même en pleine saison de la récolte des fruits et des légumes, les supermarchés d’alimentation préfèrent importer des États-Unis que de s’approvisionner auprès des producteurs locaux. Ce qui fait que ces derniers ont à subir une importante baisse de prix pour leurs produits et les consommateurs en sortent gagnants : les produits importés sont moins chers (à cause du taux de change) et les producteurs locaux n’ont pas le choix que d’ajuster leurs prix à la baisse.
Du côté des produits forestiers, ça fait mal. À chaque hausse de 1 cent de la valeur de notre dollar par rapport au dollar US, les industries du domaine forestier doivent encourir une perte de profits annuelle évaluée à 150 M$. La plupart des manufacturiers exportateurs, tous secteurs confondus, subissent aussi des pertes importantes de profits.
Quelles stratégies mettre de l’avant pour contrer les effets d’un dollar canadien fort ? Nous vous invitons à surveiller le programme des activités de l’automne de Laval Technopole, nous y ferons une présentation le 14 novembre sur le sujet. D’autres organismes de développement économique pourraient aussi inscrire ce sujet à la liste de leurs activités automnales. Il nous fera plaisir de répondre à leur demande, si le sujet les intéresse.
Notes de lecture
• Un livre de la collection Livre de Poche écrit par JC Barreau et G. bigot et intitulé « Toute l’histoire du monde » présente une synthèse intéressante de l’histoire du monde depuis les origines jusqu’à nos jours. Bien que fortement biaisé par un parti pris français, il mérite d’être lu.
• Il est assez exceptionnel de lire un « thriller » qui n’est pas un roman. En voici tout un : « The Smartest Guys in the Room, the Amazing Rise and Scandalous Fall of Enron ». Écrit par deux journalistes du Magazine Fortune et publié chez Portfolio, ce livre est tout à fait passionnant. Ce qu’on y lit dépasse tout entendement
Exportations : diversifier vers l’Amérique du Sud
Selon Exportation et Développement Canada (EDC), les exportations vers l’Amérique du Sud ont augmenté de 26% depuis le début de l’année alors que les exportations canadiennes, toutes destinations confondues, n’ont augmenté que de 6%. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, on exporte plus que des matières premières vers l’Amérique du Sud. On y vend aussi des machineries et équipements, des matériaux de construction, des biens de consommation ainsi que des produits alimentaires.
Le poids relatif de l’Amérique du Sud dans l’économie mondiale est de 5% alors que le poids du Canada est légèrement inférieur à 2%. Seulement 1% des exportations canadiennes sont dirigées vers ce groupe de pays dont le Brésil présente le plus grand potentiel de ventes.
Nouvelles de la firme
• Une nouvelle recrue s’est récemment ajoutée à notre équipe. En effet, Rémi Ducharme qui vient tout juste d’obtenir sa maîtrise en marketing de l’Université de Sherbrooke se joint à notre bureau de Montréal. Rémi a fait deux de ses stages universitaires chez nous et un troisième chez l’un de nos clients. Dès le début du mois de septembre, ses compétences en marketing s’ajouteront à celles du reste de notre dynamique équipe.
• Nous vous offrons une gamme de séminaires « privés », c’est-à-dire des séminaires « sur mesure » que nous donnons en entreprises ou à des petits groupes d’entreprises, sur les sujets suivants (voir notre site www.dancause.net ) : Comment intégrer l’approche ABC dans la gestion de votre portefeuille de clients ; Développer des stratégies efficaces pour faire face à la force du dollar ; Amener votre fonction marketing au bon niveau ; Comment faire face à la concurrence en provenance des pays émergents.
• Parmi les formations publiques à venir, soulignons : pour le compte de Pôle Québec Chaudière-Appalaches : Préparer son premier plan de marketing annuel ; Comment optimiser les résultats escomptes des réunions de type « Lac à l’Épaule » ; Sélection et recrutement des agents manufacturiers et des vendeurs à l’exportation ; Pour Laval Technopole : une présentation sur les stratégies pour contrer la hausse du dollar canadien le 14 novembre à Laval, Une formation pour l’APDEQ (Association des Professionnels en Développement Économique du Québec) qui se tiendra le 3 octobre à Montréal ; deux conférences pour le CAE de la région de Beauce-Chaudière Appalaches les 21 et 22 novembre sur les défis et enjeux 2008-2010 ; le séminaire du MDEIE sur les Orientations et la planification stratégique qui sera donné à Québec le 20 septembre.
Saviez-vous que…
• Les états-uniens dépensent 41 milliards de dollars par année pour nourrir et entretenir leurs animaux domestiques (pets), soit plus que le PNB (produit national brut) de 120 pays dans le monde ! On prévoit, si la tendance se maintient, que ce sera plus de 50 G$ en 2010. Le 41 G se répartit ainsi : 2,9 pour le toilettage, 2,1 pour l’achat des animaux, 9,9 pour les produits de santé vendus en libre-service, 9,8 pour les soins vétérinaires, 16,1 pour l’alimentation. En 2007, 63% des ménages (71 M vs 63 M en 2002) ont au moins un animal domestique.
• 4% du total du panier alimentaire des chinois est composé de viande de porc. Seuls les allemands mangent plus de porc que les chinois, mais cela ne représente que 1% de leurs dépenses alimentaires.
• Les réserves de change mondiales approchent des 5 800G$ canadiens dont 1,4 pour la Chine seulement. Opportunités pour les « equity funds » et/ou menaces pour le système financier mondial ?
• Le coût pour obtenir un permis de taxis dans la ville de New-York en 2007 est 600 000 dollars US, soit 20 fois plus cher qu’il y a 25 ans.
• La firme indienne Wipro, chez qui plusieurs grandes sociétés impartissent leur traitement informatique, est en mode acquisition aux États-Unis. La hausse rapide et récente de la valeur de la roupie peut en partie expliquer cette stratégie. On peut aussi présumer qu’il faut plus que des bas prix pour livrer de la valeur à ses clients et développer « l’intimité client ».
• En 2006, le Patent and Trademark Office des États-Unis a reçu 443 652 demandes, soit le double qu’en 1996, dont 183 187 ont été acceptées, contre 116 875 il y a 10 ans.
• Aux États-Unis, dans le domaine de la construction résidentielle, on estime qu’il faudra 2 à 3 années pour revenir au rythme d’activité des années 2004 et 2005
• Le Japon, qui est toujours la deuxième plus importante économie au monde, peine à vraiment repartir sur le sentier de la croissance. Après 10 années de « sur place », la croissance n’a été que de 0,1% au cours du dernier trimestre et de 0,5% au trimestre précédent.
• En Chine, selon The Economist, on vient de découvrir une banque illégale dont les opérations se réalisent dans toutes les provinces du pays ! Située à la frontière de Hong Kong et de Shenzhen elle fait surtout affaires avec des PME et des fermiers. Le même article rapporte que le tiers des prêts faits aux PME chinoises le sont par des banques illégales et 55% des prêts faits aux fermiers proviennent des mêmes sources.
Bonne rentrée de la part de toute l’équipe
Réjean Dancause, Philippe Dancause, Jean-Yves Caron, Claude Dubois, Carole Lachance, Philippe Jolin, Rodolphe Meynier, Michel Giraud, Chantal Demers, Jean-Guillaume Boutet, Sandra Muratagic, Anne-Marie Sikora, Rémi Ducharme.

