Où donner de la tête
Prix du pétrole, inflation, force du dollar canadien… des sujets qui compliquent la vie de la plupart des dirigeants d’entreprise. Bien qu’il ne soit pas possible de prévoir l’avenir avec précision, essayons cependant de voir ce à quoi nous sommes le plus susceptibles de nous attendre au cours des mois à venir.
De ces trois facteurs, le pétrole est celui pour lequel il est le plus difficile de prévoir ce qui va se passer. En Amérique du Nord et en Europe, il est assez facile de prédire que la consommation aura tendance à fléchir au fur et à mesure de la hausse des prix à la pompe. Dramatiquement, probablement que non, graduellement, sans doute, le temps de changer quelques habitudes. Ailleurs, dans les pays en émergence, la consommation va sans aucun doute continuer d’augmenter. En Chine, les ventes de voitures sont à la hausse tout comme la demande en énergie électrique, pour une bonne part produite à partir du pétrole. En Inde, le gouvernement prévoit que la demande va augmenter de plus de 60% au cours des cinq prochaines années. La demande est aussi en croissance au Viet Nam, en Thaïlande et dans plusieurs autres pays où le niveau de vie est à la hausse.
Autrement dit, la hausse de la demande dans les pays en émergence va probablement plus que compenser les baisses qui surviendront dans les autres pays. Pendant ce temps, toutefois, la production ne va pas réellement augmenter, soit parce que les dirigeants de l’OPEP prendront la décision de ne pas produire plus qu’ils ne le font actuellement alors que dans certains autres pays non membres de l’OPEP, la production est en baisse, par manque de ressources, comme c’est le cas au Mexique. En conclusion, la demande mondiale va continuer à monter alors que la production sera plutôt stable à son niveau actuel d’environ 85 millions de barils par jour.
L’inflation sera alimentée en grande partie par les hausses des prix du pétrole et de ceux des produits alimentaires dont plusieurs sont désormais arrimés à ceux de l’or noir. Du côté des autres « commodités », plusieurs hausses de prix très importantes ont récemment été observées, notamment pour l’acier, les produits en plastique, les produits chimiques et les engrais, pour ne nommer que ceux-ci. Elles seront toutes graduellement répercutées au niveau des produits finis. La menace inflationniste est présente un peu partout. Ainsi, elle est à la hausse dans de nombreux pays : 3,6% dans la Zone Euro, 8,7% en Chine, 20% en Russie et en Argentine, etc. Au Canada, à cause de la force du dollar canadien, les effets de l’inflation présente dans les prix des produits importés se font moins sentir qu’ailleurs, mais le phénomène ne saurait trop tarder à nous rattraper, surtout si le dollar canadien continue à se maintenir à son niveau actuel.
De son côté le dollar canadien se maintient tout près de la parité avec le dollar américain. L’excédent de notre compte courant en justifie pour une bonne partie sa force, le prix élevé du pétrole ainsi que celui des autres produits que nous vendons à l’étranger dopant nos exportations. Comme notre dollar est fortement influencé par la valeur du dollar américain et que celui-ci va continuer à baisser par rapport aux grandes monnaies, il faut prévoir, pour le court terme, que notre dollar va continuer à évoluer dans un corridor de plus ou moins 2 ou 3 cents par rapport à sa parité avec le dollar américain. A plus long terme, avec la hausse du prix du pétrole et la hausse du volume des exportations de ce dernier, il devrait lentement tendre vers…1,10$ (US).
Dans un tel contexte, chaque entreprise doit trouver sa propre vérité. Pour certaines, un dollar fort est un avantage important : c’est l’occasion de remplacer des équipements existants par de nouveaux plus performants, d’acheter une entreprise à l’étranger ou de faire fabriquer en tout ou en partie des produits pour en abaisser les coûts.
Pour d’autres, c’est un problème qui fait de plus en plus mal : baisse des profits parce qu’il n’est pas possible de monter les prix des produits exportés et que tout a été fait pour améliorer la productivité. Pour d’autres encore, de nouveaux concurrents étatsuniens s’installent graduellement sur les marchés déjà acquis. Dans de tels cas, il faut remettre en question son modèle d’affaires actuel et explorer de nouvelles solutions qui permettront à nouveau de faire des profits à la hauteur des attentes des détenteurs du capital. Pour ce qui est de l’inflation et du prix du pétrole, les deux sont de vrais problèmes. L’inflation va entrainer des hausses des taux d’intérêts, elle va commencer à faire des pressions sur les demandes salariales et elle va provoquer des baisses graduelles du pouvoir d’achat pour les consommateurs.
Comme Stephen Jarislowsky en faisait récemment part en conclusion d’un de ses billets publié dans Les Affaires Plus « nous amorçons l’une des périodes les plus difficiles que nous ayons connues ».
Fin de la baisse des prix des produits importés
Au cours des 12 à 15 dernières années, nous avons vu les prix de la plupart des biens de consommation, autre que les produits alimentaires, baisser ou bien augmenter très peu. En fait, l’effet « chinois » est en pratique maintenant terminé. Autrement dit, les baisses des coûts de production dues aux bas salaires payés en Chine et dues au jeu de la forte concurrence entre les « offreurs », sont terminées. Désormais, les salaires chinois sont à la hausse, les augmentations de prix des matières premières doivent être passées aux consommateurs, le simple jeu de la concurrence a, à toutes fins pratiques, atteint ses limites. Comme la Chine est elle aussi aux prises avec une forte inflation (8,7%), elle va graduellement l’exporter chez ses clients. Au cours de la dernière année, parce que notre dollar a été plutôt fort, les hausses de prix des produits importés de Chine nous ont peu atteints, ce qui explique en grande partie le faible taux d’inflation observé au Canada. Cette tendance devrait toutefois se renverser sous peu…à moins que notre dollar continue de prendre de la force.
Bien sûr, il existe d’autres pays où il est possible de faire produire à des coûts moins élevés. Le Viet Nam en est un de ceux-là. Comme l’inflation y est aussi présente (plus de 10%), bientôt là aussi les prix seront à la hausse, selon le même phénomène observé en Chine.
Comme nous le disons récemment à plusieurs de nos clients, il ne faut pas se presser de se départir de ses équipements de production, il se pourrait bien qu’il soit bientôt intéressant de les utiliser à nouveau. Ne perdons pas nos « savoir-faire », un jour ou l’autre on devra à nouveau les remettre à l’œuvre.
Notes de lecture
Un roman consistant et profond de Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006, Neige, publié chez Folio et qui traite des problématiques religieuses en Turquie. Un poète turque expatrié en Allemagne passe quelque temps dans un petit village provincial turque (en Anatolie) pour enquêter sur les nombreux suicides de jeunes femmes portant le foulard.
Tendances lourdes
Nous appelons « tendance lourde » un phénomène, d’ordre économique ou autre, qui se « construit » au fil du temps et qui constituera dans un futur plus ou moins proche, une toile de fond qui « influencera » d’une certaine façon les phénomènes économiques et financiers avec lesquels les preneurs de décisions auront à travailler.
Exemples de tendances lourdes : prix du pétrole, force du dollar canadien vs le dollar US, le manque de main d’œuvre au Québec, la hausse des taux d’intérêts, le développement durable, le montée des pays émergents, etc.
Nouvelles de la firme
Se joindront à notre équipe à la mi-août, deux nouveaux consultant(e)s séniors : À Québec, Jean Saint-Pierre, détenteur d’un baccalauréat et d’une maîtrise en sciences du bois de l’Université Laval, Jean possède une expérience de plus de 20 ans comme directeur du marketing et des ventes dans quelques grandes entreprises du domaine des produits du bâtiment telles que Masonite International Corporation, Flakeboard Company et CDM Papier Décor. Nous tenons à souligner son expertise en marketing industriel (B2B) et son expérience sur plusieurs marchés américains et européens. Fonctionnel en langue allemande, il a eu l’occasion de réaliser plusieurs missions en Europe dont quelques-unes en Russie.
À Montréal, Marie-Claude Michaud, détentrice d’un MBA en marketing et finance des HEC ainsi que d’un baccalauréat en sciences et technologies des aliments de l’Université Laval aura la responsabilité de nos bureaux de Laval et de Longueuil. Avant de se joindre à notre Groupe, elle a occupé des fonctions de spécialiste en marketing au Fonds de Solidarité FTQ, chez SECOR, Provigo Distribution et chez Les Aliments Leika inc.
Saviez-vous que…
• Les grandes économies doivent aux consommateurs environ 60% de leur PIB. Aux E.U. cette proportion est de 70%. Tout ralentissement de la consommation dû à la baisse du pouvoir d’achat provoqué par l’inflation ou le surendettement va freiner le potentiel d’une éventuelle reprise de l’économie chez nos voisins du sud.
• Selon Yardeni Research, au cours des 12 derniers mois, la consommation quotidienne de pétrole dans le monde a été de 85,8 millions de barils par jour alors que la production a été de 85,1 millions de barils. La croissance de la demande mondiale au cours de la dernière année a été de 1% au lieu du sommet de 4,6% observé entre 2004 et 2005.
• En 2007, alors que le prix moyen du baril de pétrole était de 70$ (US), les pays producteurs de pétrole ont perçu en redevances 1000 milliards de dollars dont 250 milliards pour les seuls pays du Golf Persique. C’est le produit de ces redevances qui contribuent à la puissance des fonds souverains dont nous parlions dans l’InfoRéseau de mars 2008 (www.dancause.net)
• Avec l’évolution de ces deux phénomènes, on pourrait voir s’accélérer la pression à la baisse sur le dollar américain : les manufacturiers chinois qui veulent se faire payer en euros plutôt qu’en dollars américains sont de plus en plus nombreux ainsi que les exportateurs de pétrole qui veulent ou qui voudront désormais être payés en euros. Ces deux phénomènes développeront de fortes pressions inflationnistes aux E.U. où il y aura un afflux important de dollars américains en provenance de l’extérieur, spécialement de la part de ceux qui voudront se « débarrasser » de leurs dollars américains pour lesquels ils n’auront plus vraiment de besoins.
• En avril dernier, pour les douze derniers mois, le déficit du gouvernement des E.U. était de 234 milliards de dollars (US). Même si c’est le déficit le plus important de tous les pays de la planète, il ne représente que 2% de son PIB alors que celui de la France est constamment bien au-delà de 3%.
• En termes de revenus annuels, les producteurs énergétiques canadiens viennent récemment de dépasser les producteurs automobiles : 66,4 vs 60,8 milliards $.
• En Chine, en janvier dernier seulement, les réserves en devises étrangères ont augmenté de 61,6 G$ pour atteindre un total 1 589 milliards de dollars (US).
• Si l’on prend le nombre de demandes de brevets par million d’habitants pour mesurer la capacité d’innover d’un pays, le Canada fait très piètre figure : 161 vs 2876 pour le Japon, 701 pour les E.U. 586 en Allemagne, 221 en Suisse. Pour nous consoler, il y en a de plus faibles : 21 au Brésil, 6 en Inde, 6 au Mexique.
• Avec un prix du pétrole bien au-dessus des 130$ du baril (143$ au moment d’écrire ces lignes), le déficit commercial du Québec pour l’année 2008 devrait dépasser les 20G$ (CDN)). Le pétrole Albertain étant principalement dirigé vers les E.U., le Québec importe la totalité du pétrole qu’il consomme.
• En mai dernier, Carlyle Group (un fonds de capital dans lequel la famille Bush a d’importants intérêts) a fait l’acquisition, pour une somme de 2,54G$ (US), de la très importante et réputée firme de consultants en gestion Booz Allen Hamilton. On dit que cette firme est la plus importante firme de spécialistes en gestion d’entreprises dans le domaine militaire.
• Le gouvernement des E.U., en adoptant récemment le « 2007 farm bill », garantit à ses fermiers 85% du marché du sucre du pays, en plus de leur payer une subvention de 1,3 G$ sur 10 ans. Le Brésil vient de porter plainte devant l’OMC.
• Selon un récent sondage Ipsos Reid, 70% des canadiens ont déclaré avoir acheté au cours de la dernière année plus de produits écologiques qu’ils ne l’avaient fait cours de l’année précédente.
• L’hydrogène comme carburant va progressivement prendre sa place. Les spécialistes s’accordent à dire que c’est le carburant de l’avenir mais ce n’est pas demain la veille qu’il sera à la portée de tous. Il est toutefois encourageant de constater que General Motors, Honda et BMW ont mis sur la route des voitures expérimentales fonctionnant à l’hydrogène, et que l’Etat de la Californie compte déjà 25 « stations hydrogène » dont une de marque Shell, incorporée à une station dite « normale » !
• La proportion que représente le crédit par rapport au PIB des E.U. est passée de 100% en 1960 à prés de 350% en 2008 !
En espérant que la météo des mois de juillet et août sera plus clémente que celle de juin, nous vous souhaitons de merveilleuses vacances. De la part de toute l’équipe :
Réjean Dancause, Philippe Dancause, Jean-Yves Caron, Rodolphe Meynier, Philippe Jolin, Chantal Demers, Rémi Ducharme, Michel Giraud, Sandra Muratagic, Anne-Marie Sikora.

