Une crise financière inquiétante
Le système financier états-unien est malade, très malade. Pendant ce temps, les entreprises vont plutôt bien. Il faut bien distinguer une crise financière d’une crise économique. Les institutions financières sont en difficultés alors que les entreprises (hors du domaine financier) ne le sont pas nécessairement. Les entreprises manufacturières qui jouent les règles de la mondialisation font des profits, de bons profits. Elles profitent de la demande croissante dans les pays émergents, où la croissance est de 5% en moyenne, et la faiblesse du dollar américain les rend plus concurrentielles hors des États-Unis.
Pour régler les problèmes que vivent les institutions financières, le président de la Federal Reserve Bank, Monsieur Bernanke, n’y va pas par quatre chemins. Afin de « contrôler » le manque de confiance dans tout le système bancaire, il a introduit des baisses rapides et
très marquées du taux d’escompte. Monsieur Bernanke est un expert en crises financières. Il a fait sa thèse de doctorat en économie sur le « crash » de 1929. Il a d’ailleurs conclu que la dépression qui s’en est suivie aurait pu être évitée si le gouvernement des Etats-Unis et la FED de l’époque avaient réagi plus rapidement et s’ils avaient pris les mesures appropriées. Souhaitons qu’il ait raison aujourd’hui d’utiliser des moyens plus « musclés ».
Plusieurs experts prédisent que les problèmes ne se limitent pas aux péripéties des « subprimes ». Il serait maintenant question des problèmes avec les cartes de crédit et avec le crédit automobile. Quand on exagère dans les dépenses, un jour ou l’autre, il faut payer ses dettes ! Le vrai problème, c’est que maintenant les effets se répercutent partout dans le monde. Donc, à défaut d’exporter plus de marchandises, les E.U. exportent désormais leurs problèmes financiers !
L’inflation, une réalité
Le « plus horrible » des maux économiques, l’inflation, a bel et bien fait son apparition aux E.U. à plus de 4% en février (3,2 en Europe et 1,8 au Canada), elle va continuer de progresser. Voici pourquoi : la hausse de prix des produits alimentaires dont les produits laitiers, le maïs (hausse de 122% en 1 an), l’augmentation des prix du pétrole (plus de 75% en une année) et la hausse des prix des produits importés de Chine.
Une grande partie des augmentations de prix vient du développement de l’inflation en Chine : elle a été à plus de 7% en 2007. Elle est principalement alimentée par une forte croissance de la demande pour les biens de consommation courants et par la hausse de 19% des salaires. A ceci s’ajoute la montée de l’ordre de 20% en un an de la valeur du yuan par rapport au dollar américain. La tendance à la hausse de ces deux éléments qui va se poursuivre en 2008 va entraîner le taux d’inflation aux États-Unis au-delà des 5 ou 6% (ou plus). Pour essayer de la combattre et pour rémunérer le capital à la hauteur de 3% (sa valeur historique), on aura des taux d’intérêts (taux de base) avoisinant les 9 à 10% et des taux hypothécaires dans les deux chiffres.
Parmi les conséquences les plus importantes signalons la baisse du pouvoir d’achat pour tous (dont l’effet sera très grave pour les personnes retraitées qui ont généralement un revenu fixe), un frein à la reprise dans le domaine de la construction résidentielle et une hausse progressive et généralisée des salaires.
Au Canada, nous allons nous en tirer un peu mieux… à cause de notre dollar fort par rapport aux devises américaine et européenne. Un dollar canadien fort freine la hausse des prix du pétrole (ce dernier est transigé en dollars US), annule en partie la hausse de la valeur du yuan (sa valeur est établie en grande partie sur celle du dollar US) et, par conséquent, la hausse des prix des produits importés de Chine.
Dans un tel contexte, quelle sera la politique de la Banque du Canada ? Garder les taux d’intérêts à des niveaux plus élevés qu’aux E.U. pour maintenir notre dollar à un taux plus élevé et ainsi garder l’inflation sous contrôle ou garder les taux d’intérêts inférieurs à ceux pratiqués aux E.U. afin de ne pas « étouffer » la croissance économique canadienne. Il s’ensuivrait une pression à la baisse sur le dollar canadien et un risque d’une hausse importante de l’inflation au pays. Beau dilemme !
Les fonds souverains, une menace ?
Un fond souverain est un fond qui appartient à un état et celui-ci en tire des revenus plus ou moins importants sur les investissements qu’il fait un peu partout dans le monde. En
2007, les actifs sous gestion des fonds souverains étaient de l’ordre de 2 500 milliards de dollars, soit deux fois la taille de l’économie canadienne. Morgan Stanley Research prévoit que leurs actifs, en 2015, atteindront les 12 000 G$.
Le plus important de ces fonds est le Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) dont les actifs sous gestion sont au niveau de 875 G$. ADIA détient depuis novembre dernier 4,9% du capital de la banque américaine Citigroup.
Le China Investment Corp (CIC) a des actifs de l’ordre approximatif de 250 G$, alors que plus près de nous, l’Alberta Heritage Fund (AHF) a des actifs de 17 G$. Les fonds situés au Moyen-Orient totalisent à eux seuls environ 1 500 milliards de dollars.
Généralement, on leur reproche leur manque de transparence mais on constate aussi qu’ils jouent un rôle très important dans la stabilisation des marchés financiers parce qu’ils investissent sur du plus long terme. On dit aussi qu’ils ont moins peur du risque et qu’ils investissent plus que ne le font les fonds conventionnels dans les pays émergents.
Le développement durable… c’est parti
Maintenant on fait plus qu’en parler, les initiatives en développement durable sont bel et bien en forte croissance. C’est désormais le marché qui « tire » : la grande distribution a emboîté le pas et les financiers suivent. WalMart investit de concert avec la compagnie
Eaton dans le développement de transmissions de camion d’un nouveau type qui permettent d’importantes économies d’énergies fossiles ; les promoteurs immobiliers
mettent de l’avant des projets de bâtiments verts, plusieurs fonds financiers concentrent leurs placements dans des projets qui ont comme priorité le développement durable. Dans le même ordre d’idées, soulignons que l’Institut de Développement de Produits (IDP) dispense un programme en « écoconception » dont le but est de « concevoir des produits à succès en améliorant leur bilan environnemental et social ». Voir www.idp-ipd.com.
Récession : quelques conseils
• Diagnostic et planification stratégique doivent être vos premières préoccupations.
• Surveillez vos comptes clients : évaluer le niveau de sensibilité de vos clients à l’endroit de la récession car certaines entreprises sont plus vulnérables que d’autres.
• Faites le ménage dans vos clients et collez-vous aux meilleurs, à ceux avec qui vous faites le plus de profits. Laissez aller à vos concurrents les plus petits et ceux avec lesquels vous perdez de l’argent.
• Assurez-vous que vos vendeurs, ici et ailleurs dans le monde, ne sollicitent que les clients potentiels que vous voulez avoir et ceux avec lesquels vous ajouterez à votre profitabilité.
• Dotez-vous d’un plan de marketing complet et rigoureux qui repose sur un bon ciblage des clientèles et sur des stratégies bien pensées. Allez bien au-delà des plans de promotion et des programmes de publicité traditionnels.
La Chine… mais encore
• Le surplus commercial mensuel du mois de janvier 2008 a été supérieur de 22,2% à celui de l’année dernière à la même date.
• En Chine, on compte 50 millions de pianistes ! Actuellement, un étudiant sur quatre en classe de violon au Conservatoire de Paris est asiatique, et un sur trois en piano.
• Selon le Conference Board, la productivité chinoise augmente de 20% par année ce qui veut donc dire que les coûts unitaires de production sont encore fortement à la baisse.
• En Chine, un revenu familial de 100 000 yuans par année (13 333 dollars canadiens) permet à un ménage d’avoir un style de vie équivalent au ménage canadien qui a un revenu de 40 000 dollars.
• Parmi les produits chinois dont la marque de commerce est de plus en plus visible et notoire soulignons : Lenovo (ordinateurs portables) et TCL (téléviseurs).
• Si le prix des produits laitiers montent en flèche à travers le monde c’est la faute des chinois. Selon une étude réalisée par McKinsey, les ventes de boissons à base de lait, des desserts laitiers et des yogourts augmentent de 25% par année.
• La moitié de toute la viande de porc disponible sur la planète est consommée en Chine !
Notes de lecture
Comment les commerçants, les missionnaires, les aventuriers et les guerriers ont façonné la mondialisation. « Bound Together » de Nayan Chanda, publié chez Yale Universty Press 2007, très intéressant et très instructif.
Parmi nos programmes de formation
• Clinique et coaching pour la préparation de votre premier plan de marketing annuel ; groupe de 8 entreprises, 6 cliniques d’une demi-journée chacune et 12 heures de coaching individuel. Les dates sont spécifiques à chacune des régions où nous offrons ces formations. Pour information : Rémi Ducharme au 418-681-0268.
• Lors du Colloque de l’IDP qui se tiendra le 6 mai à Saint-Hyacinthe, atelier sur le développement des produits intitulé “D’abord faire les bonnes choses et ensuite bien les faire”. Voir www.idp-ipd.com.
• Dans la foulée du Rapport Pronovost sur l’agroalimentaire, nous avons une conférence sur les enjeux majeurs de ce domaine d’activités. Pour nos autres produits de formation nous vous invitons à consulter le www.dancause.net/formations.html.
Nouveau programme du MDEIE pour aider les entreprises manufacturières :
Le MDEIE a mis sur pied récemment un programme d’aide financière pour aider les entreprises à mettre en œuvre un plan d’action pour renforcer leur compétitivité et leur
productivité. Le MDEIE défraie jusqu’à 40 % des coûts d’experts embauchés. Le Groupe Dancause est maintenant accrédité pour offrir l’accompagnement personnalisé dont les entreprises ont besoin. Pour en savoir plus, visitez le : www.mdeie.gouv.qc.ca/productivite ou contactez le Groupe Dancause au 418-681-0268.
Nouveautés au Groupe Dancause
•Veuillez noter que le Groupe Dancause a maintenant pignon sur rue à Laval et à Longueuil. Le numéro pour nous y rejoindre est le 514-281-7907.
• Monsieur Pascal Chouinard, un gestionnaire chevronné, s’est joint à notre équipe à Montréal à titre de directeur des activités de la firme pour les territoires 514 et 450. Voir son cv au www.dancause.net
Saviez-vous que…
• Aux E.U, aux 140 usines de production d’éthanol vont s’ajouter les 60 présentement en construction. Une usine qui produit 50 M de gallons de biocarburant par année utilise près de 500 gallons d’eau à la minute !
• Au début du mois de mars, le prix du blé est monté de 25% en une seule journée après que le gouvernement du Kazakhstan eut imposé des tarifs sur l’exportation du blé. Le but : freiner l’inflation qui sévit dans ce pays.
• Caoutchouc magique : les chercheurs du Laboratoire de Matières molles du CNRS (France) et de l’École supérieure de chimie industrielle de Paris ont créé un matériau caoutchouteux « autoréparable ». Lorsqu’on le rompt, il se recolle tout seul à la température ambiante, lorsqu’on rapproche et presse l’une contre l’autre les deux extrémités séparées.
• Au Canada, en ce début de 2008, les emplois manufacturiers occupent 11,6% de la main d’œuvre alors que ce taux était de 15% en 2002.
• Le rapport de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (rapport Pronovost) est un chef-d’œuvre d’analyses et de réflexions. Comme le suggère le Rapport, passer de la vente de produits dits de « commodités » à l’exportation de produits différenciés, voilà tout un défi. De beaux débats en perspective avec l’UPA et
plusieurs de ses fédérations de producteurs agricoles.
• La fermeture de Pétromont à Varennes et du laminoir de Mittal à Contrecoeur : deux coups durs pour des industries structurantes telles que la pétrochimie et la production d’acier au Québec.
• Tata Group, le plus grand conglomérat privé de l’Inde représente 3% du PIB du pays. Le chiffre d’affaires du Groupe est de 70 G$ par année et 66% de son capital est entre les mains d’associations caritatives ! Dirigée par un architecte formé aux E.U., Tata Group c’est 98 entreprises (automobile, consulting, informatique, acier et thé) dont 27 sont cotées en bourse, et 290 000 employé(e)s. Bien sûr, on en entendra beaucoup parler lors de l’arrivée sur nos marchés de la Nano, une automobile révolutionnaire dont le prix, dit-on, sera à la hauteur de 2 500$.
De la part de toute l’équipe, bon printemps !
Réjean Dancause, Philippe Dancause, Jean-Yves Caron, Philippe Jolin, Rodolphe Meynier, Chantal Demers, Michel Giraud, Pascal Chouinard, Rémi Ducharme, Sandra Muratagic, Anne-Marie Sikora.

